Samedi dernier, les militants du groupe local bordelais de l’association RAP (Résistance à l’Agression Publicitaire) ont voulu faire entendre leur voix sur la Place Jean Moulin de la manière originale qu’ils ont l’habitude d’utiliser : entasser sur la voie publique des prospectus pour montrer ce qu’une infime partie de publicités peut représenter.

Nous sommes contre la pub en tant que système qui nous a envahi » déclare Julien, membre actif de l’association depuis la création de son groupe local à Bordeaux, en 2014.

Et il est vrai que lorsque l’on regarde autour de nous, il est difficile de ne pas tomber sur l’une d’entre elle tellement les supports de la publicité se sont diversifiés. Que ce soit à la télévision, la radio, sur internet, dans les prospectus dédiés bien sûr, les journaux, les panneaux informatifs, les tracts, et même au dos de nos tickets de caisse et de cinéma, la pub nous assaille toute la journée. Son but? Nous atteindre, nous séduire par tous les moyens afin de nous pousser à consommer toujours plus. Pour cela, les publicitaires n’hésitent pas à confronter les consommateurs, même contre leur gré, à leurs nombreux moyens de séduction.

Notre liberté de choix de réception n’est pas respectée » déplorent les militants.

Comment peut-on ensuite affirmer que le marketing a pour but de satisfaire le consommateur quand on constate que les publicitaires passent outre leurs demandes? Ce n’est pas comme s’ils n’entendaient pas que la majorité fait une overdose de pub. Mais passer au-delà des réelles attentes ne les ébranlent pas, le principal est de viser le consommateur qu’il le veuille ou non. Vous remarquerez d’ailleurs le vocabulaire qui peuple le jargon des publicitaires: « viser » un groupe de consommateurs, la « cible » des publicités… La chasse est bel et bien ouverte!

Un enjeu climatique négligé

La RAP tire la sonnette d’alarme. Chaque année, un foyer reçoit en moyenne 40 kilos de publicités. Et parmi celles-ci, 87% seront jetées sans même être lues. De plus, il faut savoir que seulement 48% des journaux jetés sont recyclés. Les 52% restants seront incinérés en dépit des dangers pour l’environnement. D’après l’association, si 5% des français ne recevaient plus de publicité, on sauverait 400 000 arbres par an. Mais combien ça ferait si tous les français n’en recevaient plus..? Je vous épargne le calcul même s’il n’est pas très compliqué : eh bien ce serait 8 millions d’arbres que l’on sauverait rien que dans notre pays chaque année! Je vous laisse imaginer tous ceux que l’on pourrait épargner si tous les Etats qui utilisent la publicité papier comme moyen de marketing la bannissaient. Voilà pour le moment utopiste qui n’est pas prêt d’arriver car même quand 196 chefs d’Etat se réunissent pendant 12 jours à Paris pour discuter de la survie de notre planète, la question est occultée, déplore l’association.

Pourtant, la déforestation est en partie responsable de la production massive de gaz à effet de serre. Et pas qu’un peu! 20% des émissions sont dues à ce problème selon Greenpeace. En effet, les industries forestières sont responsables de la libération de CO2 (dioxyde de carbone) quand elles coupent les arbres car cette action entraine la dispersion du CO2 que ces derniers avaient accumulé. La réduction de la superficie des forêts, c’est également l’élimination de capteurs indispensables du CO2. Quand on les tue, le dioxyde de carbone ne peut plus être capturé et, libre comme l’air, il s’accumule dans l’atmosphère favorisant l’effet de serre.

Trouver un compromis

Si les associations de lutte pour le climat ne font pas le poids contre les multinationales, d’autant plus maintenant que ces dernières se sont redorées le blason en sponsorisant la COP21, ce n’est pas pour autant qu’elles ont l’intention d’en rester là. Elles comptent notamment sur l’action des pouvoirs publics de Bordeaux Métropole pour renforcer la promotion de l’autocollant Stop Pub, pour l’instant adopté par seulement 6% des français. Et pourtant, ceux qui ne l’affichent pas n’approuvent pas forcément la publicité et l’ont d’ailleurs plus souvent en horreur. Certains ne savent pas où se procurer l’autocollant, d’autres en ont vaguement entendu parler mais ça n’est pas resté collé très longtemps dans leur mémoire et quelques uns ne connaissent même pas son existence. D’où l’importance d’une campagne d’information pour promouvoir cet éco-geste tout simple qui pourrait faire beaucoup puisque qu’il permet de réduire ses déchets de 40 à 7 kilos par an! Plutôt pas mal. Mais que font encore ces 7 kilos de pubs dans nos boites aux lettres?
Il s’avère que certains diffuseurs publicitaires ne respectent pas l’indication donnée par l’autocollant. C’est pour cela que l’association appelle au renforcement législatif de ce petit adhésif qui n’a pour l’instant qu’un statut informatif. Une loi pénalisant les diffuseurs qui font du zèle en dissuaderait sûrement plus d’un. Philippe, adhérent de l’association, estime qu’en général les diffuseurs respectent plutôt bien l’indication donnée par l’autocollant, notamment l’agence Adrexo, mais que les grosses agences immobilières n’en ont que faire.

La dernière revendication de la RAP et pas la moindre, porte sur le coût qu’engendre la publicité. Elle demande que les publicitaires prennent entièrement en charge le traitement de la pub, sur le principe du pollueur-payeur. Pour l’instant, ce sont les citoyens qui financent à 56% la publicité et ce, même s’ils ne veulent pas en recevoir! Effectivement, le prix des produits que nous achetons comprend le coût de production des prospectus publicitaires et nous les payons également dans nos taxes locales d’ordures ménagères pour les services de ramassage et de tri des journaux usagers.

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Le problème, ce n’est pas tant la publicité en elle-même mais son omniprésence dans notre société et dans notre vie.

Si les publicités n’étaient pas permanentes et qu’on n’y était pas confronté obligatoirement, elles seraient tolérées. Mais aujourd’hui, elles sont intrusives et même agressives, c’est insupportable  » déclare un adhérent de l’association.

Il faut donc réfléchir à des alternatives, sans tomber dans l’extrême de la disparition de la publicité, mais qui respecteraient davantage les choix de chacun.

 

Marie Piquet

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